Crises financières
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Sauvetage scandaleux de UBS: Le coût de l’aveuglement idéologique de la Suisse  (26.11.08)

Les quelques 68 milliards de francs consacrés au plan de sauvetage de UBS par la Suisse auraient dû servir à une nationalisation partielle de la grande banque helvétique, plutôt qu’au rachat d’actifs pourris. La confédération a raté une occasion unique d’imposer de nouvelles règles à la place financière suisse.


Ce texte a été publié dans le numéro 200 du solidaire

Le plan de sauvetage de UBS présenté au public le 16 octobre dernier afin d’éviter l’écroulement de l’établissement à la dérive a déjà fait couler beaucoup d’encre. Pour éviter les conséquences désastreuses d’une faillite de l’ancien fleuron de la place financière suisse, la Confédération était obligée d’intervenir. Il est certes légitime de s’interroger sur l’utilisation de l’argent du contribuable pour réparer les erreurs de gestion et l’arrogance de la direction du groupe. Mais c’est surtout la nature même du plan de sauvetage qui est scandaleuse. La Confédération a choisi la solution la plus favorable aux intérêts privés de UBS. La Banque nationale va mettre à disposition de la banque en déroute des fonds publics, notamment sous la forme d’un crédit de 54 milliards de dollars destiné à racheter ses actifs pourris, en principe par le biais d’une société de portage domiciliée dans le paradis fiscal des îles Caïmans. La solution choisie est d’autant plus problématique que les Etats-Unis, et la plupart des pays européens, ont choisi de recapitaliser (par l’achat d’actions) les banques à la dérive plutôt que de racheter des titres invendables. En tant qu’actionnaires, les Etats peuvent exercer une influence directe sur les décisions des banques, mais également réaliser un profit lorsque que le cours des actions des établissements provisoirement nationalisés est de nouveau à la hausse. Aux Etats-Unis et dans plusieurs grands pays européens, les fonds publics ont été utilisés pour renforcer le capital propre des banques et leur permettre de survivre à la dépréciation des dérivés toxiques liés à la crise des crédits hypothécaires. Pour mémoire, au début des années 1990, la Suède avait déjà choisi de suivre une politique de « nationalisation temporaire » des banques en difficulté pour faire face à la crise financière qui avait touché le pays, avec succès et sans influence négative sur le budget national. Mais l’aveuglement idéologique du Conseil fédéral l’a empêché de s’assurer le contrôle de UBS. En tant qu’actionnaire de l’établissement, la Suisse aurait pu prendre des mesures pour assainir l’établissement, comme liquider le secteur d’investissement de la banque (Investment Banking) en difficulté.

Des milliards pour des actifs pourris

Lorsque le directeur de l’Administration fédérale des finances, Peter Siegenthaler, affirme que l’opération de sauvetage de UBS sera autofinancée, ses propos sont soit désespérément optimistes soit simplement mensongers. En effet, la majorité des actifs pourris cédés par UBS à la BNS sont des produits dérivés qualifiés de « déchets toxiques » liés au marché hypothécaire états-unien. Leur valeur dépend donc entièrement de l’évolution du marché immobilier des Etats-Unis, qui est en pleine crise. A la fi n du mois d’octobre 2008, les prix de l’immobilier américain avaient déjà chuté de 20%. Avec la période de récession qui s’installe, ils vont continuer de baisser. Les titres toxiques de UBS sont donc quasiment invendables ou ne pourront être cédés qu’à une valeur résiduelle. Fort de ce constat, on peut estimer que la BNS devrait perdre quelque 20 milliards de francs dans l’opération.

Pour une réglementation des marchés financiers

La DB s’est depuis toujours positionnée en faveur d’une réglementation beaucoup plus stricte des marchés financiers. Il est impératif que le sort de l’économie mondiale ne soit plus laissé aux mains de banquiers incompétents ou irresponsables. La DB estime que des fonds propres plus importants, des bonus revus sérieusement à la baisse et de nouvelles règles beaucoup plus strictes sont indispensables pour revenir à une activité bancaire en lien avec l’économie réelle. Il est urgent de modifier en profondeur l’orientation des investissements. Désormais, l’activité bancaire ne doit plus servir à financer les bulles spéculatives, mais favoriser les investissements responsables et contribuer au développement d’un mode de production durable, en lien avec l’économie réelle.

Andreas Missbach