Crises financières
Les Etats-Unis: un pays en transition ? (08.10.08)
Au début septembre 2008, le gouvernement américain a mis sous tutelle les deux banques de financement hypothécaire Fanny Mae et Freddie Mac. Cette nationalisation de facto met en lumière un phénomène qui, auparavant, ne se produisait que dans les pays en développement ou en transition, lorsque le système politique se soumet aux intérêts des investisseurs étrangers. |
Dans certains pays comme le Brésil, l’intérêt des marchés financiers étrangers détermine souvent les choix politiques. Lors de la campagne électorale brésilienne de 2002, par exemple, alors que l’ancien syndicaliste et candidat de la gauche Luiz Inácio Lula da Silva était largement en tête sur son concurrent, les cours de change se sont effondrés et la bourse a chuté de 11%. L’agence de notation Moody’s a immédiatement réévalué à la baisse la solvabilité du Brésil. Les primes de risque pour le service de la dette envers les Etats-Unis ont doublé et le gouvernement brésilien a été contraint de demander un crédit d’assistance auprès du Fond monétaire international (FMI).
Un ancien collaborateur de la Banque centrale des Etats-Unis a même déclaré que «le FMI devrait exiger un engagement écrit de tous les candidats à l’élection présidentielle sur la politique [économique] que leur gouvernement devra suivre». En d’autres termes, il préconisait de réduire le débat démocratique à un simple choix de personne, sans aucune influence sur l’orientation de la politique économique. Et effectivement, le gouvernement Lula n’a pas été en mesure d’entreprendre des réformes de fond pour une plus grande justice sociale, car la marge de manœuvre de son administration s’est trouvée considérablement réduite.
Aujourd’hui, les Etats-Unis, qui sont au cœur même des marchés financiers globalisés, sont soumis à des contraintes du même ordre. De nombreuses raisons ont été invoquées pour justifier les mesures prises par le gouvernement afin d’éviter l’effondrement de Fannie et Freddie. En 2008, 80% des crédits immobiliers du pays étaient couverts par ces deux banques. Mais c’est surtout la crainte que les principaux investisseurs, les banques centrales de Chine, du Japon, de Corée du Sud et de Taiwan, demandent le remboursement de leur obligations qui est à l’origine de cette intervention. L’objectif de cette nationalisation est de donner un signal clair aux investisseurs étrangers : les dettes de ces deux banques seront honorées.
Un « socialisme » pour les riches !
Cette nouvelle forme de nationalisation peut être facilement résumée: les profits sont privatisés et c’est le contribuable qui assume les pertes! Depuis leur privatisation, Fannie Mae et son concurrent Freddie Mac ont bénéficié d’un avantage de taille. Parce qu’ils étaient considérés comme trop importants pour s’effondrer (too big to fail), ces deux établissements bancaires bénéficiaient implicitement d’une «garantie» du gouvernement, ce qui leur a permis de s’endetter à des taux d’intérêts extrêmement profitables. Ainsi, jusqu’à 2005, ils ont «économisé» environ 182 milliards de dollars, ce qui équivaut à une subvention indirecte de l’Etat. Ce montant correspond pratiquement aux 200 milliards qui ont été déboursés par les Etats-Unis pour le sauvetage des deux géants.
Le commentaire sarcastique de l’éditorialiste du Financial Time n’est pas étonnant : « [cette nationalisation] nous épargnera pour longtemps toute affirmation sur le caractère sacro-saint des marchés financiers libéralisés».
Avec cette vague de nationalisation, la dette américaine a doublé. A elles seules, les dettes de ces deux banques se montent à 5’400 milliards de dollars, soit 40 % du PIB ! Cet endettement ne va sûrement pas contribuer à stabiliser les marchés financiers. Pour les Etats-Unis, le pire scénario serait un retrait soudain et massif des investisseurs étrangers, par exemple d’une inflation croissante qui diminuerait le rendement des investissements. Jusqu’ici, seuls des pays comme la Thaïlande, le Brésil, la Russie ou l’Argentine avaient dû faire face à des crises financières qui avaient gravement porté préjudice à leur niveau de développement économique.
Un ancien collaborateur de la Banque centrale des Etats-Unis a même déclaré que «le FMI devrait exiger un engagement écrit de tous les candidats à l’élection présidentielle sur la politique [économique] que leur gouvernement devra suivre». En d’autres termes, il préconisait de réduire le débat démocratique à un simple choix de personne, sans aucune influence sur l’orientation de la politique économique. Et effectivement, le gouvernement Lula n’a pas été en mesure d’entreprendre des réformes de fond pour une plus grande justice sociale, car la marge de manœuvre de son administration s’est trouvée considérablement réduite.
Aujourd’hui, les Etats-Unis, qui sont au cœur même des marchés financiers globalisés, sont soumis à des contraintes du même ordre. De nombreuses raisons ont été invoquées pour justifier les mesures prises par le gouvernement afin d’éviter l’effondrement de Fannie et Freddie. En 2008, 80% des crédits immobiliers du pays étaient couverts par ces deux banques. Mais c’est surtout la crainte que les principaux investisseurs, les banques centrales de Chine, du Japon, de Corée du Sud et de Taiwan, demandent le remboursement de leur obligations qui est à l’origine de cette intervention. L’objectif de cette nationalisation est de donner un signal clair aux investisseurs étrangers : les dettes de ces deux banques seront honorées.
Un « socialisme » pour les riches !
Cette nouvelle forme de nationalisation peut être facilement résumée: les profits sont privatisés et c’est le contribuable qui assume les pertes! Depuis leur privatisation, Fannie Mae et son concurrent Freddie Mac ont bénéficié d’un avantage de taille. Parce qu’ils étaient considérés comme trop importants pour s’effondrer (too big to fail), ces deux établissements bancaires bénéficiaient implicitement d’une «garantie» du gouvernement, ce qui leur a permis de s’endetter à des taux d’intérêts extrêmement profitables. Ainsi, jusqu’à 2005, ils ont «économisé» environ 182 milliards de dollars, ce qui équivaut à une subvention indirecte de l’Etat. Ce montant correspond pratiquement aux 200 milliards qui ont été déboursés par les Etats-Unis pour le sauvetage des deux géants.
Le commentaire sarcastique de l’éditorialiste du Financial Time n’est pas étonnant : « [cette nationalisation] nous épargnera pour longtemps toute affirmation sur le caractère sacro-saint des marchés financiers libéralisés».
Avec cette vague de nationalisation, la dette américaine a doublé. A elles seules, les dettes de ces deux banques se montent à 5’400 milliards de dollars, soit 40 % du PIB ! Cet endettement ne va sûrement pas contribuer à stabiliser les marchés financiers. Pour les Etats-Unis, le pire scénario serait un retrait soudain et massif des investisseurs étrangers, par exemple d’une inflation croissante qui diminuerait le rendement des investissements. Jusqu’ici, seuls des pays comme la Thaïlande, le Brésil, la Russie ou l’Argentine avaient dû faire face à des crises financières qui avaient gravement porté préjudice à leur niveau de développement économique.


