Nigeria
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Rapports sur l’utilisation des fonds Abacha  (18.12.06)
Les plus pauvres n'ont pas bénéficié de l'argent restitué
Suite aux demandes des ONG suisses et nigérianes, la Banque mondiale a accepté de contrôler l’usage des fonds Abacha restitués aux autorités du Nigeria. La Suisse s’était alors contentée de la promesse faite par le ministre des finances du Nigeria que les 460 millions de dollars seraient utilisés, dans le cadre du budget public 2004, pour des projets de développement dans les domaines de la santé, de la formation et des infrastructures.

Rapport des ONG

Le rapport de la société civile nigeriane (Nigerian Network on Stolen Assets), publié le 18 décembre 2006, conclut qu’une grande partie de l’argent n’a pas bénéficié aux populations les plus pauvres du pays. Selon ces ONG, l'évaluation de projets sélectionnés par sondage qui, d'après les indications du gouvernement, auraient dû être financés par les fonds Abacha, a révélé que:
  • De nombreux projets ont été commencés avant 2004. 9 des 54 projets de développement évalués ont même été finis avant 2004 et ne peuvent ainsi pas avoir été financés par les fonds Abacha comptabilisés en 2004.
  • 29 des 54 projets n'étaient pas terminés et de nombreux chantiers ont été abandonnés alors qu’ils n’étaient pas terminés. Un centre de santé n'existait même pas.
  • Quelques centres de santé et écoles, bien que terminés, ne sont pas opérationnels car l'équipement, le personnel et l'entretien font défaut.
  • Beaucoup de projets ont été planifiés par le gouvernement central sans tenir compte des besoins des «bénéficiaires».
   Shadow Report on the PEMFAR Monitoring Exercise (in English) (0.31 MB)
Rapport de la Banque mondiale

Le rapport publié par la Banque mondiale le 22 décembre 2006 critique l'utilisation des fonds Abacha sur différents points, dont une grande partie avait déjà été mise en avant par les ONG nigérianes:
  • En raison des lacunes existant dans la comptabilité publique, il n’est pas possible, sauf exception, de vérifier les dépenses effectives par projet. De ce fait, seul un contrôle sur le terrain est possible, non un contrôle financier. Des dispositions relatives à la mise en œuvre budgétaire des sommes restituées manquaient déjà dans l’accord de restitution de 2005.
  • 11 projets sur les 51 qui ont été examinés (soit 21%) étaient déjà terminés en 2004. Ils ne peuvent donc pas avoir été financés avec les fonds Abacha dont la restitution a été comptabilisée en 2004. Le Nigeria explique ce décalage par un retard dans les paiements, ce qui ne peut pas être vérifié. Il manque également des données fondamentales (comme p.ex. l'adresse) relatives aux entreprises qui ont reçu des contrats pour exécuter les projets.
  • Les tableaux publiés en annexe du rapport de la Banque mondiale ne donnent aucune indication sur l’état de mise en œuvre des projets. De ce fait, on ne voit pas facilement que des édifices n’existent pas, n’ont jamais été utilisés, ne sont pas suffisamment équipés ou furent abandonnés. Ce constat important, quoique navrant, est caché dans le texte du rapport. Cela confirme que le caractère tardif de la publication visait à minimiser l’impact politique.
  • Tous les représentants du gouvernement du Nigeria qui ont participé au monitoring reconnaissent le succès de la participation des ONG (mais pas de la restitution des fonds!). La banque mondiale recommande explicitement d’impliquer les ONG non seulement dans les structures de monitoring à long terme, mais également dans le choix et la planification des projets.
  Lire le rapport de la Banque mondiale


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