Uniformes "made in Europe"
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Beaucoup d’entre nous ont aujourd’hui conscience que les habits produits en Asie sont souvent synonymes de conditions de travail déplorables. Par opposition, l’Europe, en tant que région de production, bénéficie d’une meilleure réputation et nous semble offrir la garantie de conditions équitables pour les travailleurs et travailleuses de l’industrie textile. Pourtant, les recherches de la DB laissent entrevoir une toute autre réalité: la production textile en Europe rime parfois aussi avec exploitation.

Asie, Afrique du Nord, Turquie: les vêtements de travail proviennent du monde entier. L’Europe est également un producteur important. La Macédoine, par exemple, figure parmi les pays européens spécialisés dans la production textile. Ce pays offre de nombreux avantages pour les entreprises locales de vêtements professionnels: sa proximité territoriale avec la Suisse réduit les coûts de transport, rend les contrôles qualités plus aisés et facilite les commandes supplémentaires, en comparaison avec les pays asiatiques. De plus, la Macédoine compte une main d’œuvre bien formée pour le secteur textile et les petites usines locales sont à même de traiter des commandes de petite quantité. Enfin, la pays affiche un niveau de salaires très bas, puisque le salaire minimum légal est même inférieur à ceux en vigueur en Chine et en Indonésie.

Début 2012, la DB et la CCC ont mandaté une étude afin d’en savoir plus sur les conditions de production dans l’industrie textile macédonienne. Sur les cinq usines examinées, quatre fournissent des entreprises de vêtements professionnels suisses.La dernière travaille quant à elle avec divers clients du secteur de la mode.

L’enquête s’est révélée plus difficile que prévu. Les employées ont beaucoup hésité à parler de leur quotidien à l’usine, de peur de perdre leur emploi ou d’être réprimés. Ces femmes n’ont accepté de participer aux entretiens qu’à condition de garder l’anonymat. L’équipe de recherche a mené 47 entretiens qualitatifs avec 47 travailleuses (hors de l’usine). Les résultats de ces entretiens révèlent de nombreuses violations des droits humains et du travail au quotidien:

  • Les travailleuses interrogées perçoivent tout juste 20% du salaire de subsistance
  • Des travailleuses de deux usines ont révélé que, même en faisant des heures supplémentaires, elles ne touchent pas le salaire minimum légal
  • Les travailleuses, même celles des classes de salaires les plus élevées, ont expliqué dépendre de l’agriculture de subsistance pour compléter leur revenu et nourrir leur famille.
  • Selon les travailleuses, les heures supplémentaires sont une pratique courante dans quatre des cinq usines. et plusieurs éléments laissent penser qu’un dédommagement pour ces heures ne règlera pas le problème.
  • Dans toutes les usines, les travailleuses ont des contrats à durée déterminée (renouvelés pour la plupart tous les 3 à 6 mois)
  • Aucune des usines n’a de syndicat ou de représentation du personnel
  • Les travailleuses interrogées ont déclaré souffrir de la chaleur ou du froid, puisque les usines sont à peine climatisées/chauffées.

En Macédoine, quelque 535 usines de production d’habits sont enregistrées. Selon les statistiques officielles, le secteur emploie 42'000 personnes environ. Le pays est extrêmement pauvre et les emplois sont rares. L’Office de la statistique chiffre le taux national de pauvreté à 31%, tandis que le taux de chômage s’élevait fin 2011 à presque 32%. Il n’existe aucun accès gratuit aux soins médicaux de base. Ce n’est que lorsque qu’elles ont un contrat que les couturières et leurs familles peuvent avoir accès au système de soins. En Macédoine, avoir un emploi représente donc bien plus que l’assurance d’un revenu régulier. Les employés vivent dans la peur de perdre leur travail, et personne ou presque n’ose défendre ses droits.

Depuis 2012, la Macédoine dispose d’une loi régissant le salaire minimum. Celui-ci s’élève à 8050 Denar (156 CHF). Un délai de transition de trois ans a été accordé aux secteurs présantant les salaires les plus bas (dont l’industrie vestimentaire). En 2012, le salaire minimum légal dans le secteur textile est de 122 francs suisses, soit un salaire horaire d’environ 70 centimes. Comment vivre avec si peu d’argent ? En Macédoine, les dépenses mensuelles d’un ménage de quatre personnes s’élèvent en moyenne à 600 francs (selon les statistiques officielles).

La Macédoine a un besoin urgent d’investissements: l’industrie vestimentaire pourrait représenter une véritable opportunité de développement pour le pays et sa population, à condition que les entreprises de vêtements professionnels paient un salaire de subsistance aux travailleurs et travailleuses.

Rapport d'enquête en Macédoine "Made in Europe"

Découvrez les résultats de notre enquête dans cinq usines en Macédoine.
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