Thaïlande: le crime de lèse-majesté pour museler les opposants
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Somyot Pruksakaemsuk

Somyot Pruksakaemsuk, un militant des droits humains et journaliste thaïlandais, a été arrêté pour la seconde fois, le 30 avril 2011, pour «crime de lèse majesté». Il encoure une peine pouvant aller jusqu’à 12 ans de prison.

En février 2011, un mandat d’arrêt a été lancé contre Somyot Pruksakaemsuk, qui a été arrêté le 30 avril. Le 25 juillet 2011, après 84 jours de détention, Somyot Pruksakaemsuk a été traduit devant le tribunal et prié d’entendre les chefs d’accusation retenus contre lui. Ces chefs d’accusation se rapportent à des textes publiés dans la revue Voice of Thaksin en février et mars 2010, sous le nom de Jitra Polchan. Somyot était alors rédacteur en chef de cette revue, avant qu’elle ne soit interdite en 2010. Il a été accusé d’avoir publié et distribué une revue dont le contenu portait outrage au monarque. Il a refusé de communiquer l’identité de la personne écrivant sous le pseudonyme «Jitra Polchan».

Contrairement à la plainte officielle, le vrai motif de l’arrestation serait le lancement public, le 28 avril 2011, d’une récolte de signatures visant à supprimer le crime de lèse-majesté du registre pénal.

L’étude de la jurisprudence laisse présumer que Somyot risque une peine de 6 ans de prison s’il plaide coupable, et 12 ans s’il plaide non coupable.

La libération de Somyot grâce à la pression internaltionale
Somyot avait déjà été arrêté en 2010 et emprisonné pendant trois semaines pour avoir organisé une conférence de presse durant laquelle il a exigé la démission du premier ministre Abhisit Vejjajiva suite à la répression sanglante de la révolte des «chemises rouges» en 2010. A l’époque déjà, des sympathisants de la CCC du monde entier avaient protesté et obtenu la libération du journaliste.

Le crime de lèse majesté comme muselière
En Thaïlande, le crime de lèse-majesté peut être sanctionné par une peine allant jusqu’à 15 ans de prison. Depuis quelques années, les militants des droits humains constatent que ce crime est souvent instrumentalisé et sert, comme dans le cas de Somyot Pruksakaemsuk, à réduire au silence des adversaires politiques. Au cours de ces deux dernières années, la Campagne Clean Clothes (CCC) a observé que cette pratique est de plus en plus couramment utilisée contre ceux qui s’engagent pour les droits des travailleurs.

Avant le putsch militaire de 2006, cinq à six plaintes pour crimes de lèse-majesté étaient déposées chaque année. Or, on estime à plus de 300 le nombre de procédures ayant été ouvertes depuis 2006. Aujourd’hui, plusieurs dizaines d’entre elles sont toujours en suspens. Le 19 juillet 2011, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a souligné une fois de plus l’importance capitale du droit à la liberté d’expression et exprimé son inquiétude quant à certaines lois, notamment celles portant sur le crime de lèse-majesté. Le 9 décembre, une porte-parole du Conseil des droits de l'homme a réitéré cette critique: "Nous sommes préocuppés par les lois relatives au crime de lèse majesté en Thaïlande, où toute personne accusée d'avoir diffamé, insulté ou menacé le roi et d'autres membres importants de la royauté risque jusqu'à 15 ans de prison."

Les inquiétudes du Conseil des droits de l’homme de l’ONU

Le 5 octobre 2011, la Thaïlande a été soumise à l’examen périodique universel (en anglais, «Universal Periodic Review», UPR) du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève. Dans sa déclaration officielle, le Conseil a exprimé son inquiétude quant au statut de la liberté de pensée en Thaïlande, en particulier par rapport à la pratique en matière de crimes de lèse-majesté.

Le 9 décembre, une porte-parole du Conseil des droits de l'homme a réitéré cette critique en des termes plus explicites qu'à l'accoutumée: "nous sommes inquiets par rapport aux procès en cours et aux peines sévères infligées aux personnes reconnues coupables de lèse majesté en Thaïlande ainsi qu'à l'effet néfaste pour la liberté d'expression dans ce pays. Des peines pénales aussi dures ne sont pas justifiées et violent les obligations du pays en matière de respect des droits de l'homme."

Ouverture du procès en décembre 2011
Le procès de Somyot Pruksakaemsuk a été ouvert le 19 décembre 2011 et devrait se poursuivre jusqu'en mai 2012. Les auditions des témoins sont agendées aux 16 janvier et 13 février. Chaque jour d'audience est prévu dans un lieu différent en Thaïlande, ce qui oblige Somyot Pruksakaemsuk a être régulièrement transféré dans une autre prison. Cette situation l'empêche de maintenir des contacts suffisants avec sa famille, ses avocats et ses partisans. Aucune libération sous caution n'est prévue.

Campagne internationale pour libérer Somyot
Depuis son arrestation, Somyot bénéficie d’un grand soutien partout dans le monde. Le 31 mai 2011, 40 syndicats thaïlandais ont remis à M. Phansak Charoen, chef du service national des plaintes, des manifestations de solidarité écrites par de nombreuses organisations internationales et des sympathisants.

La Campagne Clean Clothes s'engage pour la libération de Somyot. Elle a lancé une pétition adressée au Premier ministre thaïlandais.
Signez la pétition sur le site internet de la CCC!

Le parcours de Somyot Pruksakaemsuk

Somyot est le fondateur du Center for Labour and International Solidarity Thailand (CLIST) et collabore régulièrement avec la Campagne Clean Clothes pour des appels urgents et des campagnes. Il a été coordinateur de projets pour l’International Chemical, Engineering and Mining Union Federation (ICEM) avant de se consacrer pleinement au journalisme et de s’engager pour les droits humains.

La Campagne Clean Clothes exige, avec l’Asia Floor Wage Campaign (AFW), l’Asia Pacific Solidarity Links (APWSL), l’Asia Monitor Resource Center (AMRC) et beaucoup d’autres syndicats et organisations du travail asiatiques, l’interruption de la procédure et la libération de Somyot Pruksaksaemsuk.





  Pétition au Premier ministre thaïlandais pour la libération de Somyot
  Suivez l'affaire Somyot Pruksakaemsuk (blog)
  Lettre de Somyot Pruksakasemsuk depuis la prison


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