Vêtements
Nike avance à tous petits pas! (03.10.02)
Leader mondial de l’industrie du sport, pionnier en matière de sous-traitance, Nike est depuis 10 ans, la cible privilégiée des campagnes « anti-Sweatshop »(1). Grâce à cette persévérance, les conditions de travail s’améliorent… un tout petit peu.
Le 12 mai 98, épuisé par les critiques des défenseurs des droits des travailleurs, Phillip Knight, directeur et fondateur de Nike, annonce face à un parterre de journalistes réunis à Washington, qu’il s’engage personnellement à améliorer les conditions de travail dans les usines produisant pour sa marque.
Depuis 1992, la fameuse virgule – swoosh pour les intimes – subit les foudres des organisations luttant pour l’amélioration des conditions de travail dans les usines textiles. Travaillant en réseau, ces groupes – dont la Déclaration de Berne – mènent des enquêtes en Asie, Amérique centrale et Europe de l’Est et démontrent que partout, les ouvrières sont contraintes de travailler bien au-delà de toute résistance humaine pour des salaires de misère. Leurs droits syndicaux, bafoués et ignorés, ne leur sont d’aucun secours. Pour remédier à cette situation scandaleuse, les campagnes demandent à Nike de se conformer aux conventions fondamentales de l’Organisation internationale du Travail l’engageant à respecter les libertés syndicales et à offrir des salaires et des horaires décents. Les activistes – syndicats et ONG – demandent également de pouvoir s’assurer du respect de ces normes par une vérification indépendante sur les lieux de production.
Nike ne répond pas directement à ces appels, mais engage quelques programmes destinés à faire taire les critiques. Ainsi en 1996-97, la marque renforce une première fois son code de conduite, reconnaît notamment la liberté syndicale et ouvre un département sur les conditions de travail. Mais ces quelques arrangements n’ont pas l’effet escompté. Au contraire, le réseau d’organisations de défense des travailleurs mandate plusieurs recherches qui concluent que du côté des usines, rien n’a changé : en Chine, la grande majorité des ouvrières est payée bien en deçà du salaire minimum légal, travaille en moyenne 12h par jour, jusqu’à sept jours par semaine, en violation de la législation chinoise et du code de Nike. Au Viêt-nam et en Indonésie, la situation est semblable. Les actions de consommateurs demandant à Nike d’améliorer la situation des travailleurs se multiplient à travers les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, l’Europe. Ces actions sont également relayées par des groupes d’étudiants américains et d’actionnaires Nike. En Californie, l’entreprise se voit traduire en justice pour publicité mensongère. Les médias ne sont pas en reste non plus : la photo publiée par le magazine « Life » montrant un enfant appliqué à coudre un ballon marqué du sigle Nike fait le tour du monde. Les extraits du film de Michael Moore : « The big One », où Phillip Knight justifie le travail d’enfants de 14 ans a également un impact très négatif. Bref, le 12 mai 1998, le fondateur de Nike admet publiquement que sa marque est devenue le symbole de « salaires de misère, travail forcé et mauvais traitements ».
Un premier rapport social
Phillip Knight promet donc de prendre les affaires sociales en main. Il durcit une nouvelle fois son code en élevant l’âge minimum à 16 ans, s’engage à élever les normes internes de santé et de sécurité dans les usines et à inclure des ONG dans le contrôle des conditions de travail. Outre ses promesses directement liées aux demandes des activistes, Nike décide d’étendre ses programmes d’éducation et de micro-crédit. Depuis lors, l’entreprise multiplie les initiatives et les engagements. En matière de contrôle social, Nike mandate l’auditeur PricewaterhouseCooper pour mener des audits externes sur les conditions de travail ; elle institue à l’interne un programme de surveillance confié à 30 inspecteurs maison. De plus, en tant que membre de la Fair Labor Association (FLA), la marque s’engage à respecter les procédures de contrôle des conditions de travail établies en collaboration avec des ONG et d’autres grandes marques ; Nike rejoint également « l’Alliance globale des travailleurs et des communautés» qui, sans faire directement de contrôle, élabore des sondages auprès des ouvrières pour connaître leurs aspirations et leurs besoins. Enfin, elle adhère au « Global Compact » des Nations Unies qui engage les entreprises à respecter les droits humains.
Ce foisonnement d’engagements sociaux – de qualité très variable – dénote un net changement d’attitude de la part du géant du sport. L’entreprise semble enfin comprendre que les simples manœuvres de relations publiques ne suffisent pas à faire taire la critique. Au palmarès des réalisations constructives, on dénote le fait qu’en 2001, Nike publie sur Internet son premier rapport social. L’entreprise y reconnaît enfin qu’elle fait face à des problèmes de mauvais traitement des employés, d’absence des droits syndicaux, de non-respect des horaires hebdomadaires et « d’erreurs dans les salaires ». D’autre part, après avoir évité durant 10 ans la question d’une vérification indépendante, Nike a approuvé, en avril 2002, des changements significatifs dans le système de contrôle social de la FLA (Fair Labor Association). La FLA pourra désormais elle-même choisir les sites de production qu’elle vérifiera et les organisations mandatées pour ce travail. Ces contrôles pourront se faire de manière inopinée. Les résultats des rapports de vérification seront rendus publics sur le site Internet de l’association dès l’automne prochain. Enfin, Nike s’est associée, en août 2001, à un projet de formation des travailleurs chinois sur les questions de santé et sécurité. Ce projet novateur associe des ONG, des syndicats et des universitaires aux trois géants de l’industrie sportive : Nike, Reebok et Adidas.
Les ouvriers en première ligne
Les organisations de défense des droits des travailleurs ne crient pas victoire pour autant. Si elles reconnaissent publiquement le virage politique de Nike, elles font également remarquer que l’entreprise a encore de gros progrès à faire, notamment en matière d’augmentation des salaires et de garantie des droits syndicaux. Sans le soutien des campagnes internationales, il est certain que les ouvriers de l’usine Mexmode/Kuk Dong, produisant pour Nike et Reebok, n’auraient jamais obtenu gain de cause. Les travailleurs de cette usine coréenne installée au Mexique ont mené une lutte acharnée de décembre 2000 à août 2001 pour former un syndicat indépendant. Ils y sont parvenus après que la coalition d’étudiants américains, avocats, ONG et syndicats au Mexique, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Corée et en Europe eut fait pression sur Nike. Tous ont exigé publiquement que l’entreprise respecte ses engagements en matière de liberté syndicale. Non contents d’avoir soutenu la formation d’un des rares syndicats indépendants actifs dans les usines textiles du Mexique, les défenseurs des droits des travailleurs sont également parvenus à faire pression sur Nike pour qu’elle renouvelle ses commandes à Mexmode/Kuk Dong. En avril 2002, alors que les travailleurs venaient de négocier une augmentation de salaire significative, Nike a enfin repassé commande. Elle avait cessé de se fournir chez Kuk Dong en juillet 2001…
« Nous espérons vraiment que vous allez également examiner ce qui se passe dans d’autres usines, car maintenant, nous obtenons de meilleures conditions. (…) Je sais que toutes les améliorations que nous obtenons proviennent de personnes comme vous. » Tel est le message transmis à Tim Connor de « NikeWatch » par un ouvrier Nike d’Indonésie. En conclusion de son dernier rapport de mars 2002 sur la situation en Indonésie, Tim Connor répétait une nouvelle fois qu’avec un salaires de 2 $ par jour, les travailleuses Nike vivent toujours dans l’extrême pauvreté. Elles prennent encore de gros risques en parlant ouvertement de leurs conditions de travail et à fortiori en menant une activité syndicale… Après 10 ans d’actions, « NikeWatch », « Clean Clothes » et les autres campagnes continuent donc à faire pression, à poser un regard critique sur les initiatives de Nike et à exiger des réformes en profondeur du comportement de la plus grande multinationale du sport.
Lara Cataldi
Notes:
1. littéralement : « atelier de la sueur », usine où les ouvriers sont exploités ;
Nike en trois mots :
Fondée en 1964. S’est directement spécialisée dans le design, le développement, le marketing et la vente d’articles de sport. La production est sous-traitée.
Nike fait produire ses articles dans les pays à bas salaires. Dans les années 90, elle a régulièrement changé de pays de production en fonction du coût de la main d’œuvre.
Chine Indonésie Thaïlande Viêt-nam Taiwan Corée du sud Italie:
1996 34% 36% 10% 2% 5% 12% /
2001 40% 31% 13% 13% 1% 1% 1%
En 2002, Nike travaille avec 700 contractants fournissant 600'000 emplois.
Chiffre d’affaires :
1996 : $ 6.5 milliards (année comptable se termine au 31 mai)
2002 : $ 9.9 milliards (année comptable se termine au 31 mai)
Extraits du code de Nike
(…) Les partenaires NIKE (…) partagent notre engagement envers les meilleurs pratiques et l’amélioration continue sur les plans suivants :
1 . Pratiques de gestion qui respectent les droits de tous les employés, dont le droit à l’association libre et à la négociation collective.
2. Minimiser notre impact sur l’environnement.
3. Fournir un lieu de travail sûr et sain.
4. Promouvoir la santé et le bien-être de tous les employés. (…)
Tandis que les présents principes établissent l’esprit de nos partenariats, nous lions également nos partenaires à des normes spécifiques de conduite. Les normes principales sont indiquées ci-dessous.
Travail forcé : Le sous-traitant n’aura en aucun cas recours au travail forcé (…)
Travail des enfants : Le sous-traitant n’emploiera aucune personne âgée de moins de 18 ans pour fabriquer des chaussures. Le sous-traitant n’emploiera aucune personne âgée de moins de 16 ans pour fabriquer des vêtements, accessoires ou équipements. (…)
Rémunération : Le sous-traitant fournit à chaque employé(e) au moins le salaire minimum, ou le salaire courant de l’industrie, le plus élevé étant retenu ; offre par écrit à chaque employé(e) une comptabilité claire correspondant à chaque période de paie ; et ne prélèvera rien sur le salaire de l’employé(e) pour des fautes disciplinaires.
Avantages sociaux : Le sous-traitant offre à chaque employé(e) tous les avantages sociaux légalement exigés.
Heures de travail/Heures supplémentaires : Le sous-traitant se conforme aux heures de travail légalement exigés ; il a recours aux heures supplémentaires uniquement lorsque chaque employé(e) est entièrement rémunéré(e) conformément à la réglementation locale ; informe chaque employé(e) au moment de l’embauche si les heures supplémentaires obligatoires constituent une condition d’embauche ; périodiquement, offre une journée de congé sur sept, et n’exige pas plus de 60 heures de travail hebdomadaires sur une base d’heures normales, ou se conforme aux limites locales si celles-ci sont inférieures.
Environnement, Sécurité et Hygiène (ESH) : Le sous-traitant a des politiques et normes écrites concernant l’environnement, la sécurité et l’hygiène (…).
Documentation et inspection : Le sous-traitant maintient des dossiers sur toute la documentation requise pour démontrer la conformité avec le présent Code de conduite et les lois exigées ; accepte de mettre ces documents à la disposition de Nike ou de son agent désigné ; et accepte de se soumettre aux inspections avec ou sans préavis.
Le code de Nike est disponible en plusieurs langues sur son site Internet : www.nikebiz.com" target="_blank" class="pub-tth-web">www.nikebiz.com
Paroles et histoires d’ouvriers :
Extraits de « We are not machines », Timothy Connor, mars 2002, disponible sur Internet www.caa.org.au/campaigns/nike/reports/machines/index.htm" target="_blank" class="pub-tth-web">www.caa.org.au/campaigns/nike/reports/machines/
Leily, mère d’un enfant, est mariée. Le couple travaille dans l’usine Nikomas (qui produit pour Nike et Adidas). En novembre 2001, le couple avait un salaire mensuel de US$ 85 par mois. Pour couvrir leurs besoins de base Leily estime qu’ils ont besoin de US$ 150. Pour survivre, ils font donc des heures supplémentaires. Ceci leur permet d’envoyer de l’argent aux grands-parents qui s’occupent de leur enfant. Ils ne le voient que tous les 4 mois, car le voyage coûte cher et les congés sont rares.
« Le système de travail nous traite comme des machines : nous devons travailler, travailler, travailler... »
« Les chefs d’atelier nous traitent mal parce qu’ils pensent que ça va accroître notre productivité. Ils ne comprennent pas que les gens travaillent mieux lorsqu’on respecte leurs besoins. Vous devriez faire des recherches à ce propos. Peut-être qu’ensuite ils cesseront de nous traiter comme des machines. »
Nos principales revendications
1. Nike doit modifier son code de conduite en matière de rémunération et d’heures supplémentaires. Nike doit notamment baisser la limite d’heures de travail hebdomadaires de 60 à 48. En matière de rémunération, Nike doit assurer des salaires permettant aux ouvrières de faire face à leurs besoins fondamentaux et à ceux de leurs enfants. Les salaires minimums légaux dans certains pays ne permettent pas de couvrir ces besoins !
2. Les récents rapports sur les conditions de travail en Indonésie, en Chine ou ailleurs démontrent que Nike n’est toujours pas à même de garantir le respect de son code. Nike doit respecter les normes sociales fondamentales, notamment en matière de liberté syndicale (Conventions 87 et 98 de l'OIT : liberté d’association et du droit à la négociation collective). Elle doit impérativement s’assurer que les ouvrières gagnent suffisamment pour vivre dignement sans être forcées à travailler plus de 48 heures par semaine.
3. Nike doit intensifier sa collaboration avec des syndicats et ONG dans le domaine de la vérification indépendante et de la formation des travailleurs.
Les Campagnes
www.caa.org.au/campaign (NikeWatch)
www.globalexchange.org
www.maquilasolidarity.org
www.cleanclothes.ch
www.behindthelabel.org
www.adbusters.org (détournement de pubs !)
Nike et les initiatives auxquelles elle participe:
www.nikebiz.com
www.fairlabor.org
www.theglobalalliance.com
Le 12 mai 98, épuisé par les critiques des défenseurs des droits des travailleurs, Phillip Knight, directeur et fondateur de Nike, annonce face à un parterre de journalistes réunis à Washington, qu’il s’engage personnellement à améliorer les conditions de travail dans les usines produisant pour sa marque.
Depuis 1992, la fameuse virgule – swoosh pour les intimes – subit les foudres des organisations luttant pour l’amélioration des conditions de travail dans les usines textiles. Travaillant en réseau, ces groupes – dont la Déclaration de Berne – mènent des enquêtes en Asie, Amérique centrale et Europe de l’Est et démontrent que partout, les ouvrières sont contraintes de travailler bien au-delà de toute résistance humaine pour des salaires de misère. Leurs droits syndicaux, bafoués et ignorés, ne leur sont d’aucun secours. Pour remédier à cette situation scandaleuse, les campagnes demandent à Nike de se conformer aux conventions fondamentales de l’Organisation internationale du Travail l’engageant à respecter les libertés syndicales et à offrir des salaires et des horaires décents. Les activistes – syndicats et ONG – demandent également de pouvoir s’assurer du respect de ces normes par une vérification indépendante sur les lieux de production.
Nike ne répond pas directement à ces appels, mais engage quelques programmes destinés à faire taire les critiques. Ainsi en 1996-97, la marque renforce une première fois son code de conduite, reconnaît notamment la liberté syndicale et ouvre un département sur les conditions de travail. Mais ces quelques arrangements n’ont pas l’effet escompté. Au contraire, le réseau d’organisations de défense des travailleurs mandate plusieurs recherches qui concluent que du côté des usines, rien n’a changé : en Chine, la grande majorité des ouvrières est payée bien en deçà du salaire minimum légal, travaille en moyenne 12h par jour, jusqu’à sept jours par semaine, en violation de la législation chinoise et du code de Nike. Au Viêt-nam et en Indonésie, la situation est semblable. Les actions de consommateurs demandant à Nike d’améliorer la situation des travailleurs se multiplient à travers les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, l’Europe. Ces actions sont également relayées par des groupes d’étudiants américains et d’actionnaires Nike. En Californie, l’entreprise se voit traduire en justice pour publicité mensongère. Les médias ne sont pas en reste non plus : la photo publiée par le magazine « Life » montrant un enfant appliqué à coudre un ballon marqué du sigle Nike fait le tour du monde. Les extraits du film de Michael Moore : « The big One », où Phillip Knight justifie le travail d’enfants de 14 ans a également un impact très négatif. Bref, le 12 mai 1998, le fondateur de Nike admet publiquement que sa marque est devenue le symbole de « salaires de misère, travail forcé et mauvais traitements ».
Un premier rapport social
Phillip Knight promet donc de prendre les affaires sociales en main. Il durcit une nouvelle fois son code en élevant l’âge minimum à 16 ans, s’engage à élever les normes internes de santé et de sécurité dans les usines et à inclure des ONG dans le contrôle des conditions de travail. Outre ses promesses directement liées aux demandes des activistes, Nike décide d’étendre ses programmes d’éducation et de micro-crédit. Depuis lors, l’entreprise multiplie les initiatives et les engagements. En matière de contrôle social, Nike mandate l’auditeur PricewaterhouseCooper pour mener des audits externes sur les conditions de travail ; elle institue à l’interne un programme de surveillance confié à 30 inspecteurs maison. De plus, en tant que membre de la Fair Labor Association (FLA), la marque s’engage à respecter les procédures de contrôle des conditions de travail établies en collaboration avec des ONG et d’autres grandes marques ; Nike rejoint également « l’Alliance globale des travailleurs et des communautés» qui, sans faire directement de contrôle, élabore des sondages auprès des ouvrières pour connaître leurs aspirations et leurs besoins. Enfin, elle adhère au « Global Compact » des Nations Unies qui engage les entreprises à respecter les droits humains.
Ce foisonnement d’engagements sociaux – de qualité très variable – dénote un net changement d’attitude de la part du géant du sport. L’entreprise semble enfin comprendre que les simples manœuvres de relations publiques ne suffisent pas à faire taire la critique. Au palmarès des réalisations constructives, on dénote le fait qu’en 2001, Nike publie sur Internet son premier rapport social. L’entreprise y reconnaît enfin qu’elle fait face à des problèmes de mauvais traitement des employés, d’absence des droits syndicaux, de non-respect des horaires hebdomadaires et « d’erreurs dans les salaires ». D’autre part, après avoir évité durant 10 ans la question d’une vérification indépendante, Nike a approuvé, en avril 2002, des changements significatifs dans le système de contrôle social de la FLA (Fair Labor Association). La FLA pourra désormais elle-même choisir les sites de production qu’elle vérifiera et les organisations mandatées pour ce travail. Ces contrôles pourront se faire de manière inopinée. Les résultats des rapports de vérification seront rendus publics sur le site Internet de l’association dès l’automne prochain. Enfin, Nike s’est associée, en août 2001, à un projet de formation des travailleurs chinois sur les questions de santé et sécurité. Ce projet novateur associe des ONG, des syndicats et des universitaires aux trois géants de l’industrie sportive : Nike, Reebok et Adidas.
Les ouvriers en première ligne
Les organisations de défense des droits des travailleurs ne crient pas victoire pour autant. Si elles reconnaissent publiquement le virage politique de Nike, elles font également remarquer que l’entreprise a encore de gros progrès à faire, notamment en matière d’augmentation des salaires et de garantie des droits syndicaux. Sans le soutien des campagnes internationales, il est certain que les ouvriers de l’usine Mexmode/Kuk Dong, produisant pour Nike et Reebok, n’auraient jamais obtenu gain de cause. Les travailleurs de cette usine coréenne installée au Mexique ont mené une lutte acharnée de décembre 2000 à août 2001 pour former un syndicat indépendant. Ils y sont parvenus après que la coalition d’étudiants américains, avocats, ONG et syndicats au Mexique, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Corée et en Europe eut fait pression sur Nike. Tous ont exigé publiquement que l’entreprise respecte ses engagements en matière de liberté syndicale. Non contents d’avoir soutenu la formation d’un des rares syndicats indépendants actifs dans les usines textiles du Mexique, les défenseurs des droits des travailleurs sont également parvenus à faire pression sur Nike pour qu’elle renouvelle ses commandes à Mexmode/Kuk Dong. En avril 2002, alors que les travailleurs venaient de négocier une augmentation de salaire significative, Nike a enfin repassé commande. Elle avait cessé de se fournir chez Kuk Dong en juillet 2001…
« Nous espérons vraiment que vous allez également examiner ce qui se passe dans d’autres usines, car maintenant, nous obtenons de meilleures conditions. (…) Je sais que toutes les améliorations que nous obtenons proviennent de personnes comme vous. » Tel est le message transmis à Tim Connor de « NikeWatch » par un ouvrier Nike d’Indonésie. En conclusion de son dernier rapport de mars 2002 sur la situation en Indonésie, Tim Connor répétait une nouvelle fois qu’avec un salaires de 2 $ par jour, les travailleuses Nike vivent toujours dans l’extrême pauvreté. Elles prennent encore de gros risques en parlant ouvertement de leurs conditions de travail et à fortiori en menant une activité syndicale… Après 10 ans d’actions, « NikeWatch », « Clean Clothes » et les autres campagnes continuent donc à faire pression, à poser un regard critique sur les initiatives de Nike et à exiger des réformes en profondeur du comportement de la plus grande multinationale du sport.
Lara Cataldi
Notes:
1. littéralement : « atelier de la sueur », usine où les ouvriers sont exploités ;
Nike en trois mots :
Fondée en 1964. S’est directement spécialisée dans le design, le développement, le marketing et la vente d’articles de sport. La production est sous-traitée.
Nike fait produire ses articles dans les pays à bas salaires. Dans les années 90, elle a régulièrement changé de pays de production en fonction du coût de la main d’œuvre.
Chine Indonésie Thaïlande Viêt-nam Taiwan Corée du sud Italie:
1996 34% 36% 10% 2% 5% 12% /
2001 40% 31% 13% 13% 1% 1% 1%
En 2002, Nike travaille avec 700 contractants fournissant 600'000 emplois.
Chiffre d’affaires :
1996 : $ 6.5 milliards (année comptable se termine au 31 mai)
2002 : $ 9.9 milliards (année comptable se termine au 31 mai)
Extraits du code de Nike
(…) Les partenaires NIKE (…) partagent notre engagement envers les meilleurs pratiques et l’amélioration continue sur les plans suivants :
1 . Pratiques de gestion qui respectent les droits de tous les employés, dont le droit à l’association libre et à la négociation collective.
2. Minimiser notre impact sur l’environnement.
3. Fournir un lieu de travail sûr et sain.
4. Promouvoir la santé et le bien-être de tous les employés. (…)
Tandis que les présents principes établissent l’esprit de nos partenariats, nous lions également nos partenaires à des normes spécifiques de conduite. Les normes principales sont indiquées ci-dessous.
Travail forcé : Le sous-traitant n’aura en aucun cas recours au travail forcé (…)
Travail des enfants : Le sous-traitant n’emploiera aucune personne âgée de moins de 18 ans pour fabriquer des chaussures. Le sous-traitant n’emploiera aucune personne âgée de moins de 16 ans pour fabriquer des vêtements, accessoires ou équipements. (…)
Rémunération : Le sous-traitant fournit à chaque employé(e) au moins le salaire minimum, ou le salaire courant de l’industrie, le plus élevé étant retenu ; offre par écrit à chaque employé(e) une comptabilité claire correspondant à chaque période de paie ; et ne prélèvera rien sur le salaire de l’employé(e) pour des fautes disciplinaires.
Avantages sociaux : Le sous-traitant offre à chaque employé(e) tous les avantages sociaux légalement exigés.
Heures de travail/Heures supplémentaires : Le sous-traitant se conforme aux heures de travail légalement exigés ; il a recours aux heures supplémentaires uniquement lorsque chaque employé(e) est entièrement rémunéré(e) conformément à la réglementation locale ; informe chaque employé(e) au moment de l’embauche si les heures supplémentaires obligatoires constituent une condition d’embauche ; périodiquement, offre une journée de congé sur sept, et n’exige pas plus de 60 heures de travail hebdomadaires sur une base d’heures normales, ou se conforme aux limites locales si celles-ci sont inférieures.
Environnement, Sécurité et Hygiène (ESH) : Le sous-traitant a des politiques et normes écrites concernant l’environnement, la sécurité et l’hygiène (…).
Documentation et inspection : Le sous-traitant maintient des dossiers sur toute la documentation requise pour démontrer la conformité avec le présent Code de conduite et les lois exigées ; accepte de mettre ces documents à la disposition de Nike ou de son agent désigné ; et accepte de se soumettre aux inspections avec ou sans préavis.
Le code de Nike est disponible en plusieurs langues sur son site Internet : www.nikebiz.com" target="_blank" class="pub-tth-web">www.nikebiz.com
Paroles et histoires d’ouvriers :
Extraits de « We are not machines », Timothy Connor, mars 2002, disponible sur Internet www.caa.org.au/campaigns/nike/reports/machines/index.htm" target="_blank" class="pub-tth-web">www.caa.org.au/campaigns/nike/reports/machines/
Leily, mère d’un enfant, est mariée. Le couple travaille dans l’usine Nikomas (qui produit pour Nike et Adidas). En novembre 2001, le couple avait un salaire mensuel de US$ 85 par mois. Pour couvrir leurs besoins de base Leily estime qu’ils ont besoin de US$ 150. Pour survivre, ils font donc des heures supplémentaires. Ceci leur permet d’envoyer de l’argent aux grands-parents qui s’occupent de leur enfant. Ils ne le voient que tous les 4 mois, car le voyage coûte cher et les congés sont rares.
« Le système de travail nous traite comme des machines : nous devons travailler, travailler, travailler... »
« Les chefs d’atelier nous traitent mal parce qu’ils pensent que ça va accroître notre productivité. Ils ne comprennent pas que les gens travaillent mieux lorsqu’on respecte leurs besoins. Vous devriez faire des recherches à ce propos. Peut-être qu’ensuite ils cesseront de nous traiter comme des machines. »
Nos principales revendications
1. Nike doit modifier son code de conduite en matière de rémunération et d’heures supplémentaires. Nike doit notamment baisser la limite d’heures de travail hebdomadaires de 60 à 48. En matière de rémunération, Nike doit assurer des salaires permettant aux ouvrières de faire face à leurs besoins fondamentaux et à ceux de leurs enfants. Les salaires minimums légaux dans certains pays ne permettent pas de couvrir ces besoins !
2. Les récents rapports sur les conditions de travail en Indonésie, en Chine ou ailleurs démontrent que Nike n’est toujours pas à même de garantir le respect de son code. Nike doit respecter les normes sociales fondamentales, notamment en matière de liberté syndicale (Conventions 87 et 98 de l'OIT : liberté d’association et du droit à la négociation collective). Elle doit impérativement s’assurer que les ouvrières gagnent suffisamment pour vivre dignement sans être forcées à travailler plus de 48 heures par semaine.
3. Nike doit intensifier sa collaboration avec des syndicats et ONG dans le domaine de la vérification indépendante et de la formation des travailleurs.
Les Campagnes
www.caa.org.au/campaign (NikeWatch)
www.globalexchange.org
www.maquilasolidarity.org
www.cleanclothes.ch
www.behindthelabel.org
www.adbusters.org (détournement de pubs !)
Nike et les initiatives auxquelles elle participe:
www.nikebiz.com
www.fairlabor.org
www.theglobalalliance.com








