Le financement de la guerre

Bien que l’industrie chocolatière n’apprécie guère de payer des taxes à l’exportation et des droits de passage, elle ne peut pas renoncer au plus grand fournisseur de cacao au monde. Le prélèvement de ces taxes contribue directement au maintien du conflit, puisqu’une grande partie sert au financement de l’armée. Ce lien est volontairement ignoré par les acheteurs internationaux de cacao.
Le commerce du cacao ne finance par exclusivement l’armée ivoirienne au Sud, mais aussi l’armée des Forces Nouvelles, qui contrôle le Nord du pays. Les trafiquants font passer le cacao vers les pays voisins, le Ghana et le Togo. Ils l’exportent ensuite comme du cacao ghanéen et togolais, ce qui permet aux rebelles de financer leur armée avec les revenus de l’exportation du cacao.
Que fait l’industrie chocolatière?
Les grandes multinationales de chocolat sont les principales acheteuses de cacao ivoirien, une position qui leur permettrait de faire pression sur le gouvernement pour exiger de celui-ci plus de transparence dans le secteur du cacao et une lutte active contre le financement de la corruption et du conflit avec les revenus du cacao. Pour l’heure, elles n’ont pris aucun engagement réel dans ce sens. La principale préoccupation de l’industrie chocolatière n’est pas la sécurité de la population civile ou les conditions de production, mais l’évolution du prix du cacao sur le marché mondial. En vingt-trois ans, le prix du cacao n’a jamais été aussi élevé . Une hausse qui s’explique par le scandale de la corruption, les grèves et les luttes de pouvoir dans le secteur du cacao en Côte d’Ivoire.Industrie chocolatière : de gros bénéfices pour de petits engagements.
En dépit du prix élevé du cacao, les grandes multinationales de chocolat n’ont aucun intérêt à participer activement à la résolution des problèmes causés par le commerce du cacao en Côte d’Ivoire, et ce même si les exportateurs de cacao se trouvent sur place. Le but du Groupement Professionnel des Exportateur de Café-Cacao (GEPEX) semble se limiter à ses propres intérêts financiers.L’indifférence de l’industrie chocolatière face à l’évolution du prix mondial du cacao est scandaleuse. Lorsque les multinationales parlent du prix « élevé » du cacao, elles se réfèrent aux années précédentes et non pas à l’évolution générale du prix du cacao. L’écart du prix du cacao entre les pays industrialisés et les pays du Sud est énorme. Les grands fabricants suisses de chocolat sont d’ailleurs très optimistes quant à leur avenir. Pour ces prochaines années, le groupe suisse Barry Callebaut a projeté une augmentation net de ses bénéfices de 13% à 16%, et ceci malgré la hausse du prix du cacao.
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